La coquille Saint-JacquesL'or blanc de Dieppe

La coquille Saint‑Jacques

Elle a plus d’un tour dans sa coquille et vous l’apprécierez de mille façons. Elle peut vous séduire au naturel, crue en carpaccio, ou bien snackée, accompagnée de petits légumes confits. Provocante, elle ne déteste pas s’encanailler avec un alcool fort, un shot de calvados de préférence. Insolite, elle aime parfois se draper dans une langue de lard juste pour le plaisir de surprendre. Audacieuse, on la trouve aussi en brochettes nimbée de saveurs exotiques. Nonchalante, elle se laisse caresser d’une mousse d’agrumes. Téméraire, elle se confronte à un gratin de foie gras frais. Sensuelle, elle se fond dans la douceur d’un risotto. Apaisée, elle revient à ses origines, nappée de crème crue du terroir…. Baroque, elle s’enveloppe de volutes feuilletées dorées à souhait… Ou enfin toute nue, juste parée de son exquise saveur, il y a mille façons de succomber au charme de la coquille Saint Jacques.

Dieppe et la coquille

Un lien ancestral

C’est l’or blanc des Dieppois, une institution, un emblème qui traverse le temps et c’est une raison suffisante pour attraper une chronologie trop sage et la secouer avec malice… En octobre dernier, des milliers de coquilles peintes ont envahi l’espace dieppois, une manière locale de la fêter. Rêvons un peu et invitons les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle de passage à Dieppe pour une rencontre inédite. De nos jours, les premiers célèbrent les ressources hivernales de la mer : le hareng et la coquille, les seconds arrivent du 12ème siècle et du Nord de l’Europe, la cousent sur leurs vêtements, s’en servent pour se désaltérer en chemin et viennent y greffer des légendes ancestrales. Aujourd’hui, la coquille est devenue le symbole européen du chemin de Compostelle qu’elle balise.

Grand port français

de la pêche fraîche

Mais revenons à Dieppe et à ce lien avec la coquille Saint-Jacques qui s’est fortifié d’année en année. Tout commence à la fin de l’été dans le bassin de pêche. Les filets de la belle saison sont remplacés par les dragues, ces lourdes poches aux mailles métalliques qui vont racler les fonds des zones de pêche. Sur les quais, on s’affaire et dans les cafés du port, comme au Cayeux, les conversations s’animent sur les quotas, les lieux de pêche, les horaires, puisque cette activité est très règlementée.

D’octobre à mai

Un mets prisé

Enfin le grand jour arrive au détour des mois de septembre et d’octobre. C’est un spectacle à la fois solennel et émouvant : des dizaines de coquillards normands passent majestueusement les jetées et se rendent sur les lieux de pêche. La campagne est ouverte. Les pêcheurs pourront remonter des fonds sableux les mollusques et les vendre en direct ou à la criée, jusqu’en mai.

Ils passeront quelques temps sur le gisement au large de Dieppe, puis il se rendront dans « leur jardin », la baie de Seine. Le métier est dur, les horaires de pêche inflexibles et les quotas rigides. C’est la noblesse et la qualité de la coquille qui est en jeu. Une noix généreuse et goûteuse et un corail qui allume l’assiette de son orange solaire font de la coquille normande le nec plus ultra des « pecten maximus » leur nom scientifique. Les chefs étoilés de toute la France la courtisent assidûment car elle leur offre un bel espace de créativité.

À Dieppe, c’est un plaisir gastronomique que l’on s’offre volontiers en flânant sur les lieux de vente aux « Barrières  » ou sur le quai Trudaine. Entre la débarque et l’assiette, il n’y a eu que quelques heures, et les Dieppois le savent : c’est un vrai luxe !